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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/169

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d’abord aux actions humaines une moralité qu’elles n’eussent de long-tems acquise, la raison d’un précepte indifférent par lui-même & inexplicable dans tout autre systême ; ceux, en un mot, qui sont convaincus que la voix divine appela tout le genre-humain aux lumieres & au bonheur des célestes Intelligences ; tous ceux-là tâcheront, par l’exercice des vertus qu’ils s’obligent à pratiquer en apprenant à les connoître, à mériter le prix éternel qu’ils en doivent attendre ; ils respecteront les sacrés liens des sociétés dont ils sont les membres ; ils aimeront leurs semblables & les serviront de tout leur pouvoir ; ils obéiront scrupuleusement aux loix, & aux hommes qui en sont les auteurs & les ministres ; ils honoreront sur-tout les bons & sages princes qui sauront prévenir, guérir ou pallier cette foule d’abus & de maux toujours prêts à nous accabler ; ils animeront le zele de ces dignes chefs, en leur montrant sans crainte & sans flatterie la grandeur de leur tâche & la rigueur de leur devoir : mais ils n’en mépriseront pas moins une constitution qui ne peut se maintenir qu’à l’aide de tant de gens respectables, qu’on désire plus souvent qu’on ne les obtient, & de laquelle, malgré tous leurs soins, naissent toujours plus de calamités réelles que d’avantages apparens.

Pag 59. (Note 10.)

Parmi les hommes que nous connoissons, ou par nous-mêmes, ou par les historiens ou par les voyageurs, les uns sont noirs, les autres blancs, les autres rouges ; les uns portent de longs cheveux, les autres n’ont que de la laine frisée ; les uns sont presque tout velus, les autres n’ont pas même de barbe ; il y a eu & il y a peut-être encore des nations d’hommes d’une taille gigantesque ; & laissant à part la fable des pygmées, qui peut bien n’être qu’une exagération, on sait que les Lapons