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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/164

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les vols de grands chemins, & les punitions mêmes de ces crimes, punitions nécessaires pour prévenir de plus grands maux, mais qui, pour le meurtre d’un homme, coûtant la vie à deux ou davantage, ne laissent pas de doubler réellement la perte de l’espece humaine. Combien de moyens honteux d’empêcher la naissance des hommes & de tromper la nature ! Soit par ces goûts brutaux & dépravés qui insultent son plus charmant ouvrage, goûts que les Sauvages ni les animaux ne connurent jamais, & qui ne sont nés dans les pays policés que d’une imagination corrompue ; soit par ces avortemens secrets, dignes fruits de la débauche & de l’honneur vicieux ; soit par l’exposition ou le meurtre d’une multitude d’enfans, victimes de la misere de leurs parens ou de la honte barbare de leurs meres ; soit enfin par la mutilation de ces malheureux dont une partie de l’existence & toute la postérité sont sacrifiées à de vaines chansons, ou, ce qui est pis encore, à la brutale jalousie de quelques hommes : mutilation qui, dans ce dernier cas, outrage doublement la nature, & par le traitement que reçoivent ceux qui la souffrent, & par l’usage auquel ils sont destinés !

Mais n’est-il pas mille cas plus fréquens & plus dangereux encore, où les droits paternels offensent ouvertement l’humanité ? Combien de talens enfouis & d’inclinations forcées par l’imprudente contrainte des Peres ! Combien d’hommes se seroient distingués dans un état sortable, qui meurent malheureux & déshonorés dans un autre état pour lequel ils n’avoient aucun goût ! Combien de mariages heureux mais inégaux ont été rompus ou troublés, & combien de chastes épouses déshonorées par cet ordre des conditions toujours en contradiction avec celui de la nature ! Combien d’autres unions bizarres formées par l’intérêt & désavouées par