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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/154

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la terre est plus cultivée, & que les habitans plus industrieux consomment en plus grande abondance ses productions de toute espece. Ma troisieme & plus importante remarque est que les fruits des arbres fournissent à l’animal une nourriture plus abondante que ne peuvent faire les autres végétaux ; expérience que j’ai faite moi-même, en comparant les produits de deux terrains égaux en grandeur & en qualité, l’un couvert de châtaigniers & l’autre semé de bled.

Pag. 48. ( Note 5.)

Parmi les quadrupedes, les deux distinctions les plus universelles des especes voraces se tirent, l’une de la figure des dents, & l’autre de la conformation des intestins. Les animaux qui ne vivent que de végétaux ont tous les dents plates, comme le cheval, le bœuf, le mouton, le lievre ; mais les voraces les ont pointues, comme le chat, le chien, le loup, le renard. Et quant aux intestins, les frugivores en ont quelques-uns, tels que le colon, qui ne se trouvent pas dans les animaux voraces. Il semble donc que l’homme, ayant les dents & les intestins comme les ont les animaux frugivores, devroit naturellement être range dans cette classe ; & non-seulement les observations anatomiques confirment cette opinion, mais les monumens de l’antiquité y sont encore très favorables. "Dicéarque, dit S. Jérôme, rapporte dans ses livres des antiquités grecques que, sous le regne de Saturne, où la terre étoit encore fertile par elle-même, nul homme ne mangeoit de chair, mais que tous vivoient des fruits & des légumes qui croissoient naturellement." (liv. 2. adv. Jovinian.) Cette opinion se peut encore appuyer sur les relations de plusieurs Voyageurs modernes ; François Corréal témoigne, entr’autres que la plupart des habitans des