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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/140

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facilement comment, sans même que le Gouvernement s’en mêle, l’inégalité de crédit & d’autorité devient inévitable entre les particuliers (note 19), si-tôt que réunis en une même société, ils sont forcés de se comparer entr’eux, & de tenir compte des différences qu’ils trouvent dans l’usage continuel qu’ils ont à faire les une des autres. Ces différences sont de plusieurs especes ; mais en général la richesse, la noblesse ou le rang, la puissance & le mérite personnel étant les distinctions principales par lesquelles on se mesure dans la société, je prouverois que l’accord ou le conflit de ces forces diverses est l’indication la plus sûre d’un état bien ou mal constitué : je ferois voir qu’entre ces quatre sortes d’inégalité, les qualités personnelles étant l’origine de toutes les autres, la richesse est la derniere à laquelle elles se réduisent à la fin, parce qu’étant la plus immédiatement utile au bien-être, & la plus facile à communiquer, on s’en sert aisément pour acheter tout le reste. Observation qui peut faire juger assez exactement de la mesure dont chaque peuple s’est éloigné de son institution primitive, & du chemin qu’il a fait vers le terme extrême de la corruption. Je remarquerois combien ce désir universel de réputation, d’honneurs & de préférences, qui nous dévore tous, exerce & compare les talens & les forces, combien il excite & multiplie les passions, & combien rendant tous les hommes concurrente, rivaux, ou plutôt ennemis, il cause tous les jours de revers, de succès & de catastrophes de toute espece, en faisant courir la même lice à tant de prétendans. Je montrerois que c’est à cette ardeur de faire parler