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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/135

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& à préférer en toute occasion l’utilité publique à son propre intérêt.

Avant que l’expérience eût montré, ou que la connoissance du cœur humain eût fait prévoir les abus inévitables d’une telle constitution, elle dut paroître d’autant meilleure, que ceux qui étoient chargée de veiller à sa conservation y étoient eux-mêmes les plus intéressés ; car la Magistrature & ses droits n’étant établis que sur les loix fondamentales, aussi-tôt qu’elles seroient détruites, les Magistrats cesseroient d’être légitimes, le peuple ne seroit plus tenu de leur obéir ; & comme ce n’auroit pas été le Magistrat, mais la loi, qui auroit constitué l’essence de l’Etat, chacun rentreroit de droit dans sa liberté naturelle.

Pour peu qu’on y réfléchit attentivement, ceci se confirmeroit par de nouvelles raisons, & par la nature du contrat on verroit qu’il ne sauroit être irrévocable : car s’il n’y avoit point de pouvoir supérieur qui pût être garant de la fidélité des contractans, ni les forcer à remplir leurs engagemens réciproques, les parties demeureroient seules juges dans leur propre cause, & chacune d’elles auroit toujours le droit de renoncer au contrat, si-tôt qu’elle trouveroit que l’autre en enfreint les conditions, ou qu’elles cesseroient de lui convenir. C’est sur ce principe qu’il semble que le droit d’abdiquer peut être fondé. Or, à ne considérer, comme nous faisons, que l’institution humaine, si le Magistrat qui a tout le pouvoir en main & qui s’approprie tous les avantages du contrat, avoit pourtant le droit de renoncer à l’autorité, à plus forte raison le peuple qui paye toutes les fautes des chefs, devroit