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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/118

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dit, a bien de la peine à songer le matin à ses besoins du soir.

L’invention des autres arts fut donc nécessaire pour forcer le genre-humain de s’appliquer à celui de l’agriculture. Des qu’il falut des hommes pour fondre & forger le fer, il falut d’autres hommes pour nourrir ceux-la. Plus le nombre des ouvriers vint à se multiplier, moins il y eut de mains employées à fournir à la subsistance commune, sans qu’il y eût moins de bouches pour la consommer ; & comme il falut aux uns des denrées en échange de leur fer, les autres trouverent enfin le secret d’employer le fer à la multiplication des denrées. De-là naquirent d’un côté le labourage & l’agriculture, & de l’autre l’art de travailler les métaux, & d’en multiplier les usages.

De la culture des terres s’ensuivit nécessairement leur partage ; & de la propriété une fois reconnue, les premieres regles de justice : car pour rendre à chacun le sien, il faut que chacun puisse avoir quelque chose ; de plus, les hommes commençant à porter leurs vues dans l’avenir, & se voyant tous quelques biens à perdre, il n’y en avoit aucun qui n’eût à craindre pour soi la représaille des torts qu’il pouvoit faire à autrui. Cette origine est d’autant plus naturelle qu’il est impossible de concevoir l’idée de la propriété naissante d’ailleurs que de la main d’œuvre ; car on ne voit pas ce que, pour s’approprier les choses qu’il n’a point faites, l’homme y peut mettre de plus que son travail. C’est le seul travail qui donnant droit au cultivateur sur le produit de la terre qu’il a labourée, lui en donne par conséquent sur le fonds, au moins jusqu’à la récolte, & ainsi d’année en année, ce qui faisant une possession