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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/111

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eu qu’une. Les femmes devinrent plus sédentaires, & s’accoutumerent à garder la cabane & les enfans ; tandis que l’homme alloit chercher la subsistance commune. Les deux sexes commencerent aussi, par une vie un peu plus molle à perdre quelque chose de leur férocité & de leur vigueur : mais si chacun séparément devint moins propre à combattre les bêtes sauvages, en revanche il fut plus aisé de s’assembler pour leur résister en commun.

Dans ce nouvel état, avec une vie simple & solitaire, des besoins tres-bornés, & les instrumens qu’ils avoient inventée pour y pourvoir, les hommes, jouissant d’un fort grand loisir, l’employerent à se procurer plusieurs sortes de commodités inconnues à leurs peres ; & ce fut-là le premier joug qu’ils s’imposerent sans y songer, & la premiere source de maux qu’ils préparerent à leur descendans ; car outre qu’ils continuerent ainsi à s’amollir le corps & l’esprit, ces commodités ayant par l’habitude perdu presque tout leur agrément, & étant en même-tems dégénérées en de vrais besoins, la privation en devint beaucoup plus cruelle que la possession n’en étoit douce, & l’on étoit malheureux de les perdre, sans être heureux de les posséder.

On entrevoit un peu mieux ici comment l’usage de la parole s’établit ou se perfectionna insensiblement dans le sein de chaque famille, & l’on peut conjecturer encore comment diverses causes particulieres purent étendre le langage, & en accélérer le progres, en le rendant plus nécessaire. De grandes inondations ou des tremblemens de terre environnerent d’eaux ou de précipices des cantons habités ; des révolutions du globe