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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/104

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qui pouvoient ne jamais naître, & sans lesquelles il fût demeuré éternellement dans sa condition primitive, il me reste à considérer & à rapprocher les différens hazards qui ont pu perfectionner la raison humaine en détériorant l’espece, rendre un être méchant en le rendant sociable, & d’un terme si éloigné amener enfin l’homme & le monde au point où nous les voyons.

J’avoue que les événemens que j’ai à décrire ayant pu arriver de plusieurs manieres, je ne puis me déterminer sur le choix que par des conjectures ; mais outre que ces conjectures deviennent des raisons quand elles sont les plus probables qu’on puisse tirer de la nature des choses, & les seuls moyens qu’on puisse avoir de découvrir la vérité, les conséquences que je veux déduire des miennes ne seront point pour cela conjecturales, puisque, sur les principes que je viens d’établir, on ne sauroit former aucun autre systeme qui ne me fournisse les mêmes résultats, & dont je ne puisse tirer les mêmes conclusions.

Ceci me dispensera d’étendre mes réflexions sur la maniere dont le laps de tems compense le peu de vraisemblance des événements ; sur la puissance surprenante des causes tres-légeres, lorsqu’elles agissent sans relâche ; sur l’impossibilité où l’on est, d’un côté, de détruire certaines hypotheses, si de l’autre on se trouve hors d’état de leur donner le degré de certitude des faits ; sur ce que deux faits étant donnés comme réels à lier par une suite de faits intermédiaires, inconnus ou regardés comme tels, c’est à l’histoire quand on l’a, de donner les faits qui les lient ; c’est à la philosophie, à son défaut,