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les sept bardes américains.

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premier barde.

 
De l’homme, en sa beauté s’éveillant à la vie,
L’Éden fut la première et plus douce patrie ;
Mais ce séjour de fleurs, d’innocence et d’amour,
Fut du premier péché le triste et froid séjour !
De ce fatal royaume expulsé par le glaive,
L’homme, errant sur la terre, a combattu sans trêve,
Labourant de l’exil le sable désolé :
Que Dieu partout protège et guide l’exilé !
Sa vie est une course, un long pèlerinage,
Une émigration de rivage en rivage !
La grande humanité s’agitant sans repos,
Le Temps a vu des flots poussés par d’autres flots,
Des torrents populeux du Nord et de l’Asie
Inonder le Midi de l’Europe envahie ;
Et par le sang barbare en son cœur infiltré,
L’Occident converti grandir, régénéré !
Sous le souffle puissant, qui toujours le soulève,
Depuis l’exil d’Adam, transfuge suivi d’Eve,
Le genre humain, qu’emporte un catholique élan,
Dans sa marche, franchit désert, fleuve, océan ;
Et partout il entend une voix qui lui crie : —
« La patrie est l’exil ! — L’exil est la patrie !… »
Adieu, Grèce, Italie, Émeraude des mers !
Adieu, blonde Allemagne, et ton Rhin aux flots verts !
Adieu, France, Angleterre, Espagne, vieille Europe !
Adieu tout ce qui fut de Lutèce à Canope !
Mon navire entraîné, bravant les grandes eaux,
Vers l’Amérique en fleurs, suis le vol des oiseaux !
Salut, terre Nouvelle, Amérique chérie ;
Des droits les plus sacrés, noble et vierge patrie !
Pays de l’avenir, où tend le genre humain,
Salut, ô République, ô sol Américain !
L’Europe Monarchique, et ses grandes armées
Tour comprimer le cœur des masses affamées,