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Adieu de Reconnaissance.

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À M. FRANÇOIS DUGUÉ


 
Fils d’un héros chrétien et frère d’un poète ;
Toi qui portes le nom du plus sublime Ascète,
De celui dont l’amour, les mystiques élans,
Les soupirs enflammés, s’exhalaient en doux chante ;
Toi qui portes le nom du Séraphin d’Assise,
Qui de sa poésie illumina l’Église ;
Et qui, dans sa ferveur et son humilité,
Pour épouse, ici-bas, choisit la Pauvreté :
Ô François ! ton grand cœur, ton noble caractère,
Est du sang le plus pur la fleur héréditaire ;
C’est l’instinct délicat, c’est l’esprit généreux,
C’est le trésor sacré transmis par tes ayeux !

 D’un bienfait, sur lequel brille une chaste étoile,
Non, je n’ai pas le droit de déchirer le voile ;
Mais, si la fleur se cache, en son pudique attrait,
De son nom emportant le souvenir secret,
Fils d’un héros chrétien et frère d’un poète,
Je saurai le graver dans ma sainte retraite ;
Sans profaner du cœur le mystère sacré,
Avec reconnaissance, oui, pour toi je prîrai !

 Je ne demande plus qu’un abri solitaire ;
Je ne demande plus qu’à souffrir et me taire :
Mais, si je dois encor faire entendre ma voix,
Que ce soit pour prêcher aux Indiens des bois ;
En adoptant leurs mœurs, en parlant leur langage, —
Du désert me faisant un immense Ermitage, —
Que ce soit pour prêcher, jusqu’à mon dernier jour,
L’Évangile de paix, l’Évangile d’amour !