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Sublime et doux mystère, éclairé par la Croix,
Et compris par tous ceux qu’en des sentiers étroits
J’ai vu marcher, vêtus du sac et du cilice,
La douleur et l’amour, ineffable délice !



marie-antonie.


Ô Dieu, source d’amour, mon principe et ma fin,
Donne-moi pour t’aimer un cœur de séraphin !
Que par toi la science en moi soit abolie,
Et que de l’amour seul domine la folie !
Avec joie, à toi seul consacrant tous mes jours,
Et dans un seul amour fondant tous les amours,
Languissant d’une soif qu’ici-bas rien n’apaise,
Au milieu des humains tout m’attriste et me pèse ! —
Il ne sait pas aimer, qui ne sait pas souffrir ;
Une Vierge l’a dit : « Ou souffrir ou mourir ! »
J’aime et je veux souffrir ; je consacre ma vie
À prier, à souffrir pour sauver la patrie ;
À prier, à souffrir pour les hommes d’État,
Pour tous ceux que la gloire expose à trop d’éclat ;
À prier, à souffrir, comme sainte Thérèse,
Pour attirer du ciel sur chaque diocèse
Les bénédictions, les grâces, les faveurs,
Qui rallument l’amour, l’héroïsme des cœurs ;
À prier, à souffrir, pour tous ceux de mes frères
Qui jamais vers le ciel n’élèvent leurs prières ;
Pour tous ceux que l’erreur égare en des sentiers
Où, sans atteindre au but, se déchirent leurs pieds ;
Pour ceux que la Magie avec ses faux prodiges
Entraîne sur les pas du démon des vertiges,
Et dans un labyrinthe, aux ténébreux détours,
Par l’espoir d’un faux bien veut perdre pour toujours !
Enfin, pour tous, Seigneur, oui, pour tous, sans réserve,
Afin que votre amour les épargne et préserve ! —
J’aime et je veux souffrir, unie au Christ divin :
Le chemin de la Croix, c’est le royal chemin !
Oui, de la Passion j’ai compris le mystère :
Ou souffrir ou mourir, c’est mon sort sur la terre !



l’ange de la solitude.


Enfant du sacrifice et de la passion,
Aimer, souffrir, prier, c’est ta vocation !
Par des liens cachés, par des rapports intimes,
Tout se tient et s’embrasse à travers les abîmes :
Et l’âme qui s’isole, et, dans l’isolement,
Fait monter sa prière au cœur du firmament.