Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/236

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
( 236 )

M’élevant de chaque être à la source première,
L’Invisible pour moi luira dans la matière ;
Du Divin je verrai des traces en tout lieu ;
Oui, Dieu dans chaque chose, et chaque chose en Dieu !…
 Salut, désert sauvage ! — Adieu, prison obscure !
Il n’est plus de bonheur qu’au sein de la Nature !
Si je suis orphelin, sans amour et sans soins,
Sans foyer réchauffant, — je suis libre du moins !
Après celle que Dieu nous ôte en sa colère,
La Nature est encor notre meilleure mère ! —



la nature.


Sublime désespoir qui te jette en mes bras !
Viens, mon fils ; j’ai des biens que le monde n’a pas ;
Le désert est béni ; l’Esprit de Dieu l’habite ;
L’Ange, loin des cités, est l’hôte de l’ermite ;
Ici, toutes les voix forment un seul concert ;
Le refuge de l’homme, il n’est plus qu’au désert ;
La sainte liberté, c’est l’air qu’on y respire :
Viens partager les biens de mon sauvage empire !
Quitte un monde égoïste, où règne le Démon ;
Où chaque âme est vendue au culte de Mammon :
Le désert grandit l’homme à la hauteur de l’Ange ;
Il y goûte un bonheur exempt de tout mélange ;
C’est le cloître éternel, ouvert à tous les Saints,
Que, dans ses noirs complots, ses coupables desseins,
Le monde épouvanté persécute et rejette ;
C’est l’asile divin qui reçoit le prophète ;
Et quand l’impiété se promène en tout lieu,
C’est le dernier refuge où l’on trouve encor Dieu !



l’indien.


  Ô frère, écoute le langage,
  Écoute l’avertissement,
  Qu’ose te donner un Sauvage,
  Dont l’âme est sans déguisement :

  Quelquefois, quittant ma cabane,
  Bâtie avec des lataniers,
  Au bord de la grande savane,
  Que traversent d’étroits sentiers, —

  Je suis sorti des sanctuaires,
  Qu’ombrage d’un feuillage épais
  La forêt d’arbres séculaires,
  La forêt qu’habite la paix ;

  La forêt ténébreuse et calme,
  Qui retentit de chants d’oiseaux,
  Et que le baume du copalme,
  Les parfums des verts arbrisseaux,