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À tes accents d’amour, à tes douces paroles,
Aux parfums exhalés de toutes tes corolles,
Aux chants mélodieux des bois et des oiseaux,
Et des lacs azurés baignant tes verts roseaux, —
Je sens le flot vital d’un fluide sonore,
Comme aux jours regrettés, qui me pénètre encore,
Et mon âme, docile aux accords de tes lois,
D’un sympatique écho vibre comme autrefois ;
Je sens ton action, si tranquille et si forte,
Le mouvement réglé, le rhythme qui t’emporte,
Et ta sève, et ta vie, et ta sérénité,
Et de ton front d’azur l’immuable beauté ;
Je sens dans ton sourire inondé de lumière,
Je sens, sous ton regard, tout l’amour d’une mère ! —
 Ô Nature, prends-moi, conduis-moi dans tes bois ;
Seul à seule au désert, que j’écoute ta voix !



la nature.


Viens, mon fils, viens choisir ta retraite profonde,
Ta cellule au désert, ta grotte loin du monde ;
Viens auprès de ta mère oublier tes douleurs :
Je t’apprendrai les noms des arbres et des fleurs ;
Les oiseaux réunis, t’aimant comme des frères,
Chanteront pour charmer tes études austères ;
Pour tes veilles la nuit, le cirier odorant
Donnera son trésor qui brille en éclairant ;
L’eau sur un sable d’or coulera des fontaines ;
L’abeille aura son miel dans le creux des vieux chênes ;
Tout pour te rendre heureux portera son tribut ;
Tout semblera pour toi n’avoir qu’un même but ;
J’inviterai l’oiseau, l’arbre, labeur, chaque être,
À t’aimer comme ami, comme poète et prêtre ;
Tu trouveras, au fond des incultes forêts,
Comme un Éden fleuri, comme un fleuve de paix ;
Et là, tu goûteras, libre dans ta retraite,
L’angélique bonheur de l’humble anachorète !



le poète.


Eh ! bien, je pars, ma mère ! — Adieu, ville d’argent,
Où le talent modeste, ou le Juste indigent,
Où la vertu se cache ; adieu, ville de fange,
Où l’âme au poids de l’or s’évalue et s’échange ! —
Je pars ! je te suivrai, dans les bois sans chemins ;
Dans le désert, j’irai cueillir des fruits divins ;
J’irai, sur les rameaux de l’arbre de la vie,
Cueillir pour mon autel des fleurs de poésie ;
Et dans chaque merveille, et dans chaque beauté,
J’admirerai l’éclat de la Divinité ;