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Le notaire bondit alors comme un léopard blessé par la balle du chasseur, et, se tournant vers ses amis :

« En voilà un imbécile ! s’écrie-t-il. Venir me dire que cela ne vaut rien, à moi notaire public qui ai étudié toutes les lois existantes ! Nous verrons dans une couple d’heures qui des deux a raison, le soi-disant marchand ou le vrai notaire. »

Le notaire achève à peine cette phrase suintant la colère la plus outrée, que le train s’arrête à la gare de Lévis, et le conducteur ouvre la porte des chars en beuglant :

« All abord pour Québec. »

Le notaire et Pierriche, plus agiles que l’écureuil, sautent dans l’Artic, qui les transporte à Québec. Le premier soin de nos deux voyageurs en arrivant dans la capitale est de descendre dans une boutique de barbier pour refaire leur toilette, et d’aller ensuite chez le meilleur restaurateur pour apaiser la faim qui les dévore. Après le repas, il est trop tard pour vaquer aux affaires de banque ce jour-là ; ils se décident en conséquence à faire visite à plusieurs de leurs amis, à qui ils racontent la grrrande nouvelle. Deux heures après leur arrivée, le millionnaire était connu de toute la ville, et partout la foule accourait sur son passage pour saluer le Crésus du Canada. Le notaire, voyant que son protégé seul attire les regards des curieux, lui fait observer qu’il est temps de retourner à l’hô-