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ancienne position dans la société ni à notre pauvreté d’autrefois.

Le notaire. — C’est cela. Vous n’êtes plus de petites gens. Tenez-vous à la hauteur de votre noble rang et…

La mère. — Mon rang à moi, c’est d’être une femme pauvre qui file toute la journée et s’efforce de servir le bon Dieu comme il le mérite.

Louison. — Pour lors, monsieur le notaire, puisque l’argent paralyse la langue de mon illustre frère, faites aller la vôtre.

Le notaire. — Oui, mon cher Louison, je vais satisfaire ta curiosité par trop légitime, et ensuite nous nous rendrons à ma villa tous ensemble. C’est convenu, et je commence.

« Le fait est bien facile à raconter. Vous vous rappelez toutes les démarches qui ont été faites depuis quelque temps pour arracher, j’oserais dire, cette énorme succession. Nous avions des ennemis terribles à combattre en Allemagne. Je dis nous ; car, vous le savez, j’ai beaucoup travaillé pour vous autres dans le règlement de cette question épineuse. Je me suis mis en relation avec le consul allemand à Québec (il n’y en avait pas) et avec une foule de personnages distingués qui résident actuellement sur les bords du Rhin.

Louison. — Quoi que c’est que le Rhin ?

Le notaire. — C’est un magnifique fleuve qui traverse l’Allemagne.