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— Ne parlons pas de moi, reprit-elle avec ruse… Ah ! je regrette que vous ayez souffert pour moi, et cependant comment faire pour le regretter tout à fait ?

— Ne le regrettez pas ! balbutia-t-il. Puisque je vous aime, je serais honteux de n’avoir pas souffert pour vous… je me mépriserais.

— Ah ! vrai ? vrai ? cria-t-elle, les yeux brillants… Vous vous mépriseriez ? C’est beau d’avoir dit cela.

Il n’était plus besoin de paroles, le rêve de Marie atteignait sa perfection ; elle ferma les yeux, heureuse. Quand elle les rouvrit, Georges se penchait sur elle. La crainte le faisait grelotter ; trois fois déjà, il avait approché ses lèvres des lèvres de la jeune femme. Elle comprit qu’il n’oserait jamais aller tout seul jusqu’au terme et, avec un