Page:Rosny aîné - Le Cœur tendre et cruel, 1924.djvu/73

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plana. Ce grand garçon aussi la troublait, plein de choses neuves, ardentes et tumultueuses : il était le mystique rivage perdu dans la brume, ce nouveau monde humain dont l’amour nous promet inlassablement la découverte. Et n’était-elle pas le beau drame de cette jeune tête penchée sur le fleuve ? Dans le furtif passage de son corps au sein terrifiant des phénomènes, Marie voulait sournoisement une agitation incomparable.

En lui aussi, le fleuve éveille les instincts migrateurs. Il voudrait emporter Marie vers ces terres qui s’évanouissent chaque jour et qui furent le vrai séjour des ancêtres. Les terres de l’élevage et du labourage, celles de la cité de pierre et des eaux contraintes, elles sont d’hier. Si l’humanité pouvait avoir des souvenirs à la manière de l’indi-