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matin au soir, Marie transformait Georges, elle lui créait des traits aussi imprévus que les gens du peuple à l’orbe de la lune.

Un soir, Marie dit :

— Il y a relâche demain, et aucune répétition.

Lorsqu’elle eut parlé, ils s’arrêtèrent pour voir couler le fleuve. Pétri de lueurs pâles, méduses de cristal, lézards d’ambre et serpents de nacre, il laissait aussi entr’apercevoir des palais d’enchanteurs renversés au fond de l’onde, des colonnettes oscillantes et des pilastres crevassés. Des barques sinistres et d’énigmatiques péniches dormant dans la pénombre suscitèrent l’antique frisson nomade dans l’âme de Marie. Légère comme un nuage, en proie à ce frais instinct qui nous pousse à baigner nos sens dans les sites innombrables, elle silla et