Page:Rosny aîné - Le Cœur tendre et cruel, 1924.djvu/245

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


çait à l’être. La prévoyance de l’individu rongea celle de la race. D’autres pullulèrent : la petite Angleterre, l’Italie plus petite encore, l’Allemagne…

Nous ne sommes plus qu’une île d’hommes, après avoir été un continent…

Georges songeait à sa race, en songeant à soi-même et à Marie. Il rôda longtemps sous les arbres de l’allée d’Orléans et sur les quais ensemble excités et mélancoliques. Au bout de la Gironde, il imaginait l’immense Atlantique où nos flottes devraient siller aussi nombreuses que les flottes anglo-saxonnes ; elles s’y perdent, indigentes et lamentables…

Il n’était que neuf heures ; Georges craignait d’arriver trop tôt chez Marie. Elle habitait un endroit perdu, le boulevard de Talence, à l’extrémité de la ville. Il dépassa