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qui s’avancent en chancelant, qui titubent, errent, parfois chantent misérablement. Les batteries les abattent par essaims ; ils croulent, ils roulent, ils sombrent dans la terre crevassée, mais d’autres surgissent jusqu’au fond de l’étendue… Ce sont les vainqueurs, aussi loqueteux, aussi piteux, aussi désemparés et vertigineux que les vaincus.

— Dans une minute ! songea Georges que l’épouvante emplit à pleins bords.

Le tir des 75 se débilite : les servants se raréfient ; les masses grises ne sont qu’à quatre cents mètres, dans un débordement de mitrailleuses, quand l’ordre de retraite arrive. Trop tard. À mesure que les chevaux surgissent, ils s’effondrent : deux gigantesques cadavres encadrent Georges.

— Foutus ! crie une voix.