Page:Rosny aîné - Le Cœur tendre et cruel, 1924.djvu/138

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


brièveté de la dernière aventure ne l’empêchaient point d’être déjà un univers de souvenirs. Lorsqu’il se reportait à la minute où le carillon éleva sa voix frêle, l’événement se perdait dans un passé insondable. S’il songeait à la première caresse de la natte blonde, il la voyait à une distance extraordinaire de l’étreinte qui avait suivi. Il se disait naïvement :

— N’est-il pas monstrueux qu’il ait suffi de quelques gestes pour que j’aime Rose ?

Ces paroles, en précisant sa pensée, l’atterrèrent ; il conçut que la fillette produirait exactement le même effet sur tous ceux avec qui elle ferait le même geste. Son charme était soudain, innombrable, irrésistible.

La jalousie planta ses crocs. Dans des pénombres équivoques, il ne cessait plus de voir des rivaux qui se substituaient à lui, re-