Page:Rosny aîné - Le Cœur tendre et cruel, 1924.djvu/100

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sourire dormassant, elle éleva un peu la tête. Et comme les bouches se tendaient, elle attacha ses mains aux épaules de Georges.

Ainsi fut leur premier baiser. Trop hâtif et trop bref, il était presque abstrait. Mais il tua la timidité de Georges et, tout de suite, saisissant la tête de Marie, il recommença, il connut cette volupté mystérieuse, imparfaite et violente qui vient de la rencontre des lèvres. Elle parut sans fin. Il revenait toujours à cette fleur rouge, il y cherchait quelque chose d’inextinguible, le rêve même de la chair, le désir humble et magnifique, minuscule et sans bornes.

— Ah ! cria-t-il haletant de victoire et pâle d’extase… j’aurai pourtant vécu !

Elle goûtait une joie moins neuve, mais tout aussi fervente, elle avait les pupilles dilatées et bleuies, le visage égaré.