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sion générale du territoire. La lettre de la reine Anne, qui équivaut à un décret, fait disparaître tout doute à l’égard des propriétés immobilières.

Or, dès l’automne de la même année, Richard prouve que le départ des Acadiens est résolu. Mais voici que commence la série interminable des tracasseries auxquelles on va les soumettre. Pendant 17 ans, de 1713 à 1730, — et nous ne sommes qu’au début — il n’y a pas d’artifices, de subterfuges qu’on n’invente pour les empêcher de partir, en même temps que pour les forcer à prêter un serment absolu d’allégeance. Jusqu’à Richard, cette partie de l’histoire n’avait jamais été parfaitement mise en lumière ; le public anglais possédait là-dessus des notions confuses, erronées ; mais voici que paraît un personnage dont les manœuvres déloyales fausseront pour longtemps la vérité sur cette question. Nous voulons parler du compilateur des Archives de la Nouvelle-Écosse.

En 1858 ou 1859, Thomas B. Akins avait été chargé par l’Assemblée Législative de la Nouvelle-Écosse de « recueillir les anciens mémoires et documents pouvant servir à éclairer l’histoire et les progrès de la Province » Cette mesure était l’œuvre de l’honorable Joseph Howe, l’un des hommes les plus éminents qu’ait produits la province sœur, l’un de ses plus nobles esprits. Akins se rend en Angleterre, consulte les papiers d’État, feuillette à loisir les documents du gouvernement canadien, ceux qu’il est chargé d’interroger et de copier à Québec, puis opère soigneusement le triage des pièces qui doivent entrer dans son volume. Tout ce qui peut favoriser les Acadiens, dit Richard, est consciencieusement omis, tout ce qui peut leur être défavorable est noté. Tout ce qui paraît excuser la déportation est recueilli, le reste systématiquement arrangé ou écarté. Le volume des archives néo-écossaises est publié en 1869. Chose facile à prévoir, tous les écrivains futurs sur l’Acadie devront aller puiser dans le volume préparé par Akins. Campbell a dû le faire quand il écrivait son histoire de la Nouvelle-Écosse, en 1873 ; Moreau, quand il écrivait la sienne, la même année ; Hannay, en 1879, Smith & Parkman en 1884. En 1888 vient Casgrain et, l’année suivante, Rameau, mais ces derniers forment un cas à part et sont d’ailleurs allés eux-mêmes aux sources. Rameau a consacré 40 ans à ses travaux historiques sur l’Acadie. Si maintenant des écrivains anglais de la Nouvelle-Écosse, vous passez à ceux des États-Unis — il est vrai que je ne les connais guère et Richard lui-même n’indique que Parkman pour bien dire, si vous descendez aux folliculaires dont le rôle se borne à copier les devanciers, vous pouvez aisément juger de l’opinion générale. Richard, à force de recherches, parvient à découvrir les documents les plus ignorés, il rétablit ceux qu’on a falsifiés, il apporte des témoignages nouveaux à l’enquête, il les compare, les discute, et de cet examen infatigable, de ce travail auquel il met un incomparable talent d’analyse, découlent les conclusions les plus convaincantes, sinon toujours les plus neuves. Je dis « sinon toujours les plus neuves », car certains parmi les historiens anglais avaient déjà deviné ici et là la fraude, l’imposture, et blâmé la déportation. Bancroft, aux États-Unis, l’avait fait. Haliburton, qui écrivait dès 1829, a dit : « Je soupçonne au fond de cette affaire des Acadiens une immense canaillerie. » D’autres avaient exprimé le même senti-