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siècle [1]. Dans la question qui nous occupe, la censure a pu être abusive, et d’une application erronée. Mais elle portait son remède en décourageant les plaignants, et en les détournant d’un arbitre qui le prenait de si haut pour rendre ses jugements exécutoires. Il pouvait être malhabile et impolitique, de la part de ce prêtre, de ruiner ainsi du coup la popularité et l’efficacité de son tribunal. Mais en quoi, je le demande à nouveau, son action compromettait-elle la sûreté de l’État ?

Il fallait cependant que la brutalité d’Armstrong fût bien redoutable pour contraindre ce pauvre prêtre à s’enfuir dans les bois, quand il n’avait commis qu’une erreur canonique, qui ne lésait en rien les droits du gouverneur. Nous savons, en effet, que pendant plus d’un an, M. de Breslay n’osa se montrer à Annapolis… Il est à présumer que toute la question n’est pas exposée dans la lettre d’Armstrong, et que tous les torts n’étaient pas du côté du missionnaire, puisque celui-ci porta ses plaintes devant les autorités de

  1. L’auteur d’Acadie croyait évidemment au progrès indéfini de l’humanité ; son esprit, naturellement utopiste et spéculatif, partageait sur cette question du progrès de notre espèce les idées émises par une certaine école qualifiée de positiviste, encore que sa doctrine soit fort mélangée de rêves et de chimères. Richard s’est peut-être souvenu, en écrivant ce passage, de l’affaire des Îles Carolines, soumise à l’arbitrage de Léon XIII par Bismarck lui-même et si heureusement réglée par le Grand Pontife, à la satisfaction de l’Espagne et de l’Allemagne. Mais quoiqu’il en dise, les peuples contemporains ont trop peu recours à cette forme de solution pacifique. Les événements actuels (guerre de 1914-15) sont un démenti donné aux espérances des pacifistes. C’est que ces espérances n’avaient pas pour fondement le christianisme, seul messager et agent de paix dans le monde. Voilà pourquoi le célèbre tribunal de la Haye, duquel on avait exclu le représentant de l’Église catholique, a eu une mission si peu fructueuse. Quant à l’abbé de Breslay, ce digne ecclésiastique avait dû appliquer abusivement les censures ecclésiastiques, (ce qui est grave), puisque l’Évêque de Québec, M. de Samos (Mgr Dosquet) lui retira les pouvoirs de Grand Vicaire. (Cf. État présent de l’Acadie. Doc. inédits. C. F. p. 40.)