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tion du droit au départ qui leur avait été assuré par un traité ! « Nous sommes les plus forts. Nous ne transigeons pas avec de simples particuliers. Vous ne vous en irez pas. Et vous aurez à prêter un serment sans réserve. Vous dépendez de notre bon plaisir. »

Si les Acadiens, d’un autre côté, n’avaient peut-être pas de répugnance naturelle à combattre les sauvages, ils redoutaient d’avoir à le faire pour une autre raison non moins bonne. Car cette alternative compromettait leur propre sécurité. Nous avons vu que, dans l’opinion de Vetch et de Caulfield, il y avait danger pour des colons anglais à venir s’établir dans le pays, à cause de l’hostilité des indigènes à l’égard du nom britannique. Eh bien ! si les Acadiens se fussent engagés à prendre les armes contre les ennemis de l’Angleterre, l’hostilité des Indiens ne se fut-elle pas tournée contre eux ? Entre les sauvages et ces Français existaient de vieux liens d’amitié. Mais de quel secours leur eut été cette amitié en cas de guerre ? L’ami ou l’allié d’aujourd’hui ne peut-il pas devenir, suivant les circonstances, l’ennemi de demain ? Et alors les pauvres Acadiens eussent été exposés aux mêmes coups que les colons anglais. Je dirai même qu’au point de vue de leur sécurité personnelle, ils avaient davantage à redouter d’avoir à porter les armes contre les sauvages que contre leurs compatriotes. Que demandait donc leur requête en réponse à la sommation de prêter serment ? Rien de plus que ceci qui était éminemment raisonnable : « Trouvez le moyen de nous protéger efficacement contre les Indiens, et nous remplirons notre devoir de fidèles serviteurs de l’Angleterre, en cas d’attaque de leur part, et cela malgré les menaces qu’ils nous font tous les jours. À défaut de cette garantie, nous consentirons à rester dans le pays et à prêter le serment d’al-