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maximes que Louis XIV faisait entendre à son intendant. Aussi, au lieu d’être le rempart des possessions françaises en Amérique, comme sa position l’y destinait, l’Acadie, faible en hommes, privée de secours, fut constamment pour elles une menace et un danger.

Il y a ceci encore d’inconcevable dans l’attitude de la France à son égard : pendant que cette colonie livrait les combats héroïques qui allaient décider de son sort, Louis XIV, toujours facilement séduit par les projets qui avaient de la grandeur, se prenait d’un véritable engouement pour la Louisiane et les régions intérieures reliant cette province aux Grands Lacs et au Canada. Certes il y avait là tout un empire à créer, si l’inconstance qui présida à tous les essais de ce genre n’avait fait tourner ce dessein en chimère coûteuse et n’avait hâté la ruine de la puissance coloniale française dans le Nouveau-Monde [1]

La France peut à bon droit se glorifier de son histoire qui compte des siècles remarquables ; mais nous ne croyons pas qu’elle puisse s’enorgueillir de sa politique coloniale. Loin de nous étonner que ses colonies aient eu une fin malheureuse, nous admirons plutôt qu’elles aient pu se maintenir si longtemps dans des conditions aussi désavantageuses. L’énergie, le courage, les efforts intelligents n’ont pourtant pas fait défaut chez les colons eux-mêmes. Nous en avons la preuve dans les nombreuses luttes, et tant de fois couronnées de succès, qu’ils ont dû soutenir contre un ennemi seize fois plus fort, soit pour se développer et pour étendre la puissance de la France, soit pour défendre leur propre existence. Leur conduite nous inspire une légitime

  1. Cf. History of Louisiana, by Alcée Fortier, in four volumes.

    Volume I. Early Explorers and the Domination of the French, 1512-1768. (Goupil & Co. Paris. Manzi & Co. Succ. New-York, 1904.).