Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome 2, 1916.djvu/84

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


autorités d’Halifax [1]. Quoi que ce soit que les Français aient pu commettre de contraire à la prudence ou à la stricte légalité, leur culpabilité ne surpasse ni même n’égale celle des Gouverneurs : dans un cas, on péchait par violence dans l’exercice d’un droit, de l’autre par violence contre l’exercice de ce même droit. Le serment, consenti par Philipps, était pour les Acadiens la coalition de leur séjour dans le pays ; il liait tout aussi bien le Gouverneur anglais qu’il les liait eux-mêmes. Puisqu’il était révoqué, au moins les Acadiens devaient-ils reprendre la position qu’ils occupaient avant le compromis accepté par Philipps, — c’est-à-dire qu’ils devenaient libres de se retirer dans l’espace d’un an, avec tous leurs effets, et même le produit de la vente de leurs biens. « L’on n’est pas sujet sous condition, » disait subtilement Cornwallis. Mais les Gouvernements, comme les individus, sont soumis aux conditions qu’ils acceptent. C’était à prendre ou à laisser. Il fallait ou laisser partir les Acadiens, lesquels en avaient le droit garanti par un traité solennel, ou accepter les conditions qu’ils mettaient à leur séjour. Cette dernière alternative ayant été acceptée et sanctionnée, le gouvernement se trouvait lié aussi étroitement que des particuliers le sont par des contrats. Une Tsarine autocrate ne permit-elle pas aux Mennonites de s’établir dans son empire sous la même condition de ne pas porter les armes [2] ? Cette condition fut révoquée un siècle plus

  1. Sans doute, parce que ces manœuvres de leurs compatriotes n’étaient propres qu’à soulever la méfiance et la jalousie des anglais, et à aggraver leur situation intérieure, déjà pourtant si compliquée. Il était naturel que le® Gouverneurs cherchassent à se venger sur les Acadiens des menées auxquelles les Français se livraient pour hâter leur retour parmi eux.
  2. Le MS. original (fol. 321) porte « Tsar autocrate », tandis que le fait mentionné se passa sous Catherine II (1762-1796). Catherine II, ayant ap-