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Voyons quelle était la tradition à ce sujet :

J’ouvre le 2d volume de l’histoire des Ursulines des Trois-Rivières, page 550 à la note MARIE J. PRINCE, voici ce que je lis : « L’ancêtre de la famille dans le pays est Jean Leprince. Il n’était âgé que d’un an lors de la dispersion des Acadiens en 1755. La Providence permit que son père, capitaine de navire, fut alors sur mer, ayant avec lui sa femme et son fils. Le brave marin apprit, sur les rives étrangères, les malheurs de sa patrie. Il se fixa à Boston ; son fils demeura avec lui jusqu’à ce qu’il eut atteint l’âge de 18 ans. »

« En 1772, un jour d’hiver, Jean Leprince fils, raquettes aux pieds, bagage sur le dos, accompagné de deux amis Hébert et Beliveau, venait visiter ses cousins inconnus du Canada, établis à Nicolet. Ces jeunes gens atteignirent le but de leur excursion après plusieurs jours de marche à travers la forêt. L’accueil cordial qu’ils reçurent des familles Bourgeois, Poirier et Bergeron, engagèrent les jeunes visiteurs à demeurer en ce lieu. »

« Jean Le prince prit une terre près de la rivière Sainte Marguerite, mince filet d’argent qui coupe la plaine où s’élève aujourd’hui la florissante paroisse de St-Grégoire le Grand. »

« Dieu bénit le labeur du colon acadien : marié à mademoiselle Rosalie Bourque, il eut deux filles et cinq garçons dont le dernier devait être plus tard le premier évêque de St-Hyacinthe. »


Évidemment l’annaliste a voulu résumer dans ces lignes, la tradition qui avait cours dans la famille de cette Marie Prince, élève des Ursulines en 1824. Il y a bien ici quelques erreurs de détails, mais le fond principal de la tradition s’y trouve : « Le voyage de Boston à Bécancourt, en plein hiver, à la raquette ; le bon accueil par les Acadiens déjà installés au lac St-Paul, non par les Bourgeois ou les Poirier, il n’y en avait pas encore, mais par les Bourg, les Leprince, les Cormier, » etc.

Il faut ensuite mettre le voyage en 1767 et non en 1772, et que Jean Leprince fils, accompagnait son père : le contexte suppose que celui-ci resta fixé à Boston, c’est une erreur car c’est bien lui qui fait réhabiliter son mariage à Bécancourt le 3 mars 1767 et c’est au mois de juillet 1769 que les Jean Leprince, père et fils, avaient le contrat de concession de leurs terres, situées au fief Godfroy, justement dans le voisinage de la petite rivière Sainte Marguerite. Cependant il est possible que les deux concessionnaires fussent des Leprince du Lac St-Paul, vu surtout que le fils de Jean Leprince arrivé en 1767, était encore bien jeune pour être constitué propriétaire.

Alors même que l’on supposerait que Jean Leprince fils, ne serait pas venu au Canada, en même temps que son père, et qu’il aurait attendu sa 18e année pour entreprendre ce voyage… ce n’aurait été qu’en 1780 qu’il se serait décidé d’aller non pas « visiter des parents inconnus », mais rejoindre son propre père, établi au Canada depuis 13 ans.

On le dit « venu avec un Hébert et un Béliveau » ; or c’est aussi en 1769 que