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lui dicter sur quoi repose lu garantie propre à l’assurer de leur loyauté. ».

Il fallait un sérieux effort d’imagination pour donner une telle interprétation à ce paragraphe. Loin d’y trouver un grief contre les Acadiens, nous y voyons plutôt une preuve de la bonne foi et des bonnes intentions qui les animaient. C’était une manière saisissante d’exprimer l’importance qu’ils attachaient à leur serment de fidélité. Et c’est l’impression que ces pauvres gens avaient espéré créer. Ils se flattaient probablement que ce passage convaincrait Lawrence que c’était leur conscience qui les inspirait et les guidait. Hélas ! ils s’adressaient à un homme qui n’avait aucune conscience, et qui, par conséquent, n’en supposait pas chez les autres. Les choses se passaient à peu près comme dans la fable du Loup et de l’Agneau. Ce pauvre agneau avait beau répondre au loup qu’il ne pouvait troubler l’eau du ruisseau, par ce qu’il allait

se désaltérant
dans le courant…


qu’il n’était pas coupable du grief dont le loup l’accusait

Comment l’aurais-je fait si je n’étais né ?

il fut « emporté au fond des forêts », et là croqué « sans autre forme de procès ». L’on ne raisonne pas avec l’estomac d’un loup affamé. Il n’y avait pas à raisonner non plus avec la rage et les griefs de Lawrence, tout aussi aveugles et instinctifs que ceux du loup. Cet homme allait susciter une tempête dans un verre d’eau, mais cette tempête allait chasser aux quatre vents du ciel un peuple doux et paisible et permettre à ce bourreau de s’enrichir de ses dépouilles.