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dès l’instant où vous avez manifesté le désir de vous en aller et de vous soumettre à un autre gouvernement, notre détermination a été prise de n’empêcher personne de suivre ce qu’il pensait être son intérêt [1]. » Et, lors même qu’il ne leur eût pas fait cette déclaration, il va de soi qu’en révoquant la condition mise à leur séjour, il les rendait libres de partir, et, en partant, ces habitants demeuraient sujets français, s’ils s’en allaient demeurer sur le territoire de la France. Il importait peu que cette partie du pays où ils se réfugiaient fut disputée par les deux couronnes. L’essentiel était qu’elle fût occupée par la la France : cela suffisait pour déterminer leur qualité de citoyens français, en vertu des notions les plus élémentaires du droit public, et particulièrement de la formule diplomatique uti possidetis.

Pourquoi donc Lawrence, en dépit de leurs droits évidents à le faire, se croyait-il sûr que les Acadiens ne prendraient pas les armes contre lui ? C’est qu’il savait qu’une question de cette nature, claire pour lui-même, ne se présenterait pas à leur esprit avec toute la clarté nécessaire pour satisfaire pleinement leur conscience ; c’est qu’il savait que les scrupules dont ils seraient assiégés seraient assez forts pour les retenir dans l’inaction ; c’est qu’il savait que le serment qu’ils avaient jadis prêté, et l’habitude de se regarder comme sujets anglais, seraient d’un puissant effet sur eux ; c’est encore parce qu’il savait qu’une longue paix leur avait fait perdre le goût des combats, et qu’ils craindraient d’ailleurs, en prenant les armes, de provoquer, contre leurs frères de la péninsule, les rigueurs du tyran qui les opprimait. Pour rendre encore plus certain l’accomplissement de

  1. Nova Scotia Doc. Akins, p. 189. Translated from the French.