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vait à nouveau échauffer son caractère facilement bouillant [1]. À son point de vue, et nous inclinons à croire qu’il n’avait pas tort, Daudin était victime de la persécution. Cet acte d’emprisonnement et d’ostracisme à l’égard d’un missionnaire était pour lui, comme le lui fait dire Pichon, le commencement d’un régime, qui, en peu de temps, priverait les Acadiens de leurs prêtres et du libre exercice de leur région. Se trompait-il ? Certainement non ! Et cela deviendra plus évident à la lumière des événements subséquents. Il en savait assez sur le caractère de Lawrence pour qu’il lui fut permis de supposer tout de sa part. L’impétuosité de la nature de Le Loutre, son exaltation religieuse, son fanatisme, si l’on préfère ce mot, pouvaient, à la vérité, en obscurcissant son jugement, lui faire supposer des intentions qui n’existaient pas, ou s’exagérer des intentions réelles. Mais nous croyons que, nouveau Cassandre, il vît clairement les malheurs qui allaient fondre sur le peuple acadien, si les Français étaient délogés de leur position sur la Baie de Fundy. L’abbé Le Guerne, qui était aussi missionnaire près de Beauséjour, du côté des Français, sans avoir la véhémence et l’exaltation de Le Loutre, après la prise de Beauséjour, et en quittant le pays, recommanda fortement aux Acadiens d’être bien soumis aux Anglais,

  1. Le MS. original — fol. 472 — porte ici : « nous ne doutons pas un instant que son zèle impétueux trouva dans cet incident tout l’aliment qui pouvait mettre en ébullition sa bouillante nature. »

    Cette phrase, grammaticalement incorrecte, l’est encore par l’incohérence de l’image, car on ne met pas en ébullition ce qui bout déjà. Et ceci est pour l’édification des amis de Richard qui nous ont reproché d’avoir retouché son texte. Pouvions-nous faire autrement ? Les reproches de ces messieurs procèdent d’un zèle peu discret pour la mémoire de l’auteur d’Acadie. Ce serait le cas de répéter le mot célèbre de Talleyrand : Messieurs, pas trop de zèle !