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et c’est ainsi que les promesses d’assistance faites aux Acadiens émigrés se trouvaient frustrées.

En butte à tous ces obstacles, Le Loutre passa en France pour s’y procurer directement les secours nécessaires. Une somme de cinquante mille francs lui fut confiée ; et à son retour, les travaux d’endiguement furent poussés avec vigueur. Pour se protéger contre la vénalité des intermédiaires officiels, il se procura lui-même les approvisionnements dont il avait besoin, les distribuant en personne aux Acadiens qu’il employait à ces constructions [1]. C’est là, croyons-nous, ce qui a servi de prétexte à l’imputation que ce missionnaire exerçait le commerce pour son propre compte. L’on comprend la jalousie que l’influence dont il jouissait devait faire naître chez les officiers, surtout lorsqu’il privait ceux-ci des gains qu’ils réalisaient aux dépens de l’État. L’on devait le redouter et le haïr. Ainsi s’explique la phrase de Pichon : « Il avait à ce point conquis la faveur du marquis de la Galissonnière qu’il était regardé comme un crime de parler contre lui [2]. » Il peut paraître étrange que Parkman ait omis de mentionner cette accusation de négoce portée contre Le Loutre. Peut-être l’ignorait-il, car nous ne voyons pas qu’elle soit dans Pichon. Il est vrai qu’après avoir trouvé le moyen d’impliquer ce missionnaire dans une affaire de meurtre, l’autre accusation perdait de son importance.

Les secours n’arrivèrent que dans l’automne de 1753, trop tard pour que l’on pût commencer les opérations cette année-là.

  1. Cf. Murdoch. II, p. 214, citant à cet endroit les Mém. sur le Canada.
  2. Nova Sco. Doc. Akins. « A short account, etc. by a French officer. » P. 196.