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à vivre ici misérablement et fomenteront des troubles,… on seront-ils tentés de passer dans les colonies françaises voisines… Si nous leur créons des embarras, soyons bien sûrs qu’en cas de guerre avec la France les Français du cap Breton ne manqueraient pas d’en tirer parti… »

Or, nous voyons, par la lettre de Lawrence, que rien n’avait été fait pour remédier à cette criante injustice ; et cependant, les prévisions sinistres de Mascarène ne s’étaient pas réalisées, c’est-à-dire que les Acadiens n’avaient, pour cette raison si grave pourtant, ni causé des ennuis au gouvernement, ni quitté la province. Et, en dépit de ce motif, « bien propre à les dégoûter [1] », en dépit des projets de Shirley, plus dégoûtants encore, les Français n’avaient pu, pendant la dernière guerre, ébranler en rien leur fidélité. Si sérieuse que fût cette question des octrois, elle était cependant secondaire aux yeux des Acadiens, à côté de celle du serment avec toutes ses conséquences ; c’est pourquoi ils ne voulurent pas en importuner les autorités. Mais l’on conçoit que des terres qui n’avaient jamais été arpentées, et qui avaient été divisées et morcelées, depuis quarante ans, devaient donner lieu à des différends nombreux. Et, comme pour perpétuer cet état de choses, l’on remettait indéfiniment, sous de spécieux prétextes, le règlement de ces difficultés, quand la véritable raison de ces retards, laquelle on n’osait pas avouer, était celle-ci, à savoir : les Acadiens n’ayant pas prêté le serment, étaient exclus, de par la loi anglaise, du droit de posséder des terres [2]. Cela signifiait qu’en

  1. Occasion of disgust, c’est le terme dont s’était servi Mascarène, dans la lettre que nous venons de citer.
  2. « Their not having taken the oath of allegiance is an absolute bar in our Law to their holding any landed possessions… » expressions même de Lawrence dans la lettre plus haut citée.