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sirait leur voir prêter. À la date du 23 juillet 1753, il écrivait aux Lords du Commerce qu’il était privément informé que les Acadiens, qui avaient quitté leurs terres, avaient été délégués auprès de leurs compatriotes, résidant en territoire anglais, pour conférer avec eux sur la situation :

« J’ai su qu’ils agitèrent entre eux la question de savoir s’ils ne feraient pas mieux de se mettre tous sous la protection du gouvernement anglais, et de devenir sujets britanniques avec tous les devoirs et les droits que ce titre comporte. Mais il se présentait à cela une objection majeure, et que voici : comme ils vivaient sur des fermes éloignées l’une de l’autre, et qu’ils se trouvaient par conséquent dans l’impossibilité de résister à un ennemi, ils craignaient que les Français ne soulevassent contre eux les Indiens, qui les maltraiteraient au point de les obliger à s’enfuir de leurs terres [1]… »

Hopson était-il bien informel Nous n’avons pas lieu d’en douter, ce qu’il rapporte ici nous paraissant conforme aux sentiments que devaient alors éprouver les Acadiens. Il est vrai que l’obligation de porter les armes contre les Français était la raison qui leur tenait le plus au cœur, mais le danger provenant de l’hostilité des sauvages avait une importance tout aussi grande, et ce dernier motif revient dans leurs requêtes, chaque fois que la question est soulevée. Cornwallis, et plus tard Lawrence, s’en moquèrent comme d’une raison futile. Comme les Acadiens délibéraient ici par eux-mêmes, sans pression, et même à l’insu de l’autorité, l’on a là la preuTe que cette raison était sérieuse, ou qu’ils la croyaient telle, puisqu’elle mît obstacle à leur détermination d’accepter le serment.

  1. Gov. Hopson to Lords of Trade. Halifax, 23rd July 1753. Akins, p. 198.