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ragées par des primes alléchantes sur les chevelures des sauvages, y compris celles des femmes et des enfants. La conduite des autorités métropolitaines à l’égard des sauvages offre un contraste frappant avec celle des autorités coloniales. Si l’on s’en fût tenu aux sages conseils donnés en haut lieu, l’on eût évité bien des malheurs. Des actes comme ceux que nous venons de décrire ne pouvaient que perpétuer la haine et provoquer la vengeance. Par deux fois, Cornwallis fut rebuté par les Lords du Commerce, parce qu’il voulait faire aux sauvages une guerre sans merci :

« … Pour ce qui est cependant de notre opinion de ne plus dorénavant faire de paix avec les Indiens, et de les extirper entièrement, nous croyons que l’exécution d’un pareil dessein ne pouvant aller sans des actes de grande sévérité, les conséquences qui en résulteraient seraient désastreuses pour la sûreté des autres colonies de Sa Majesté sur le continent : les sauvages qui habitent sur les frontières auraient en effet l’esprit impressionné par notre cruauté, et cela les entretiendrait dans de néfastes sentiments de vengeance [1]. »

  1. Cf. Akins. Lords of Trade and Plantations to Corwallis. P. 590. Whitehall, 16 octobre 1749.

    L’humanitarisme de ces bons seigneurs anglais d’outre-mer, que Richard prétend opposer à la dureté de leurs représentants en Acadie, n’a pas, on le voit, de bases bien profondes ni de motifs bien nobles : il est tout politique, il repose sur l’intérêt. C’est une question d’affaire. Et alors, l’auteur d’Acadie nous semble perdre à peu près son temps quand il veut établir un contraste entre la mentalité des Lords of Trade et celle des Gouverneurs. Le passage qui vient d’être cité est extrait d’une longue lettre de 4 pages qu’il faut lire en entier pour bien se persuader que la douceur prêchée par ces messieurs provenait non d’un sentiment de sympathie et de justice, mais de la prudence humaine. Nous y renvoyons nos lecteurs.