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L’on comprend que, pour lui, l’intérêt religieux était étroitement lié à l’intérêt national, puisque ses efforts devenaient, ou pouvaient devenir inutiles, du moment que le territoire passait aux mains de l’Angleterre. Il était certes bien naturel que le missionnaire conservât son amour pour la France ; mais Parkman, en le plaçant trop exclusivement sous l’empire de ce sentiment, ne s’est pas suffisamment rendu compte que pour lui la religion était inséparable de la patrie, et que ce double idéal n’en faisait qu’un à ses yeux.

Ces vastes et fertiles territoires, qui n’avaient d’autres maîtres que quelques tribus sauvages, excitant la convoitise, il fallait s’en assurer de bonne heure la possession, sous peine d’être devancé par sa rivale. Rien cependant ne définissait exactement ce qui devait constituer une possession légale acceptée et reconnue ; il fallait aussi compter avec l’amitié des Indiens, laquelle était souvent fragile et facilement troublée par des menées séductrices. En sorte qu’il n’y avait pas de ligne de démarcation nettement tracée où pouvait s’arrêter l’honneur.

En Europe, les actions les plus insignifiantes s’étalaient sous le regard de tous ; l’honneur avait, pour borne et pour frein, l’opinion publique, toujours si puissante. Mais ici, les actions les plus noires étaient souvent sans écho, ou elles restaient ensevelies dans la solitude de la forêt. Il ne faut donc pas s’étonner que les intérêts rivaux aient donné lieu à de nombreux actes de duplicité, et que l’une et l’autre des deux nations aient à leur charge des actes dont elles ne peuvent que rougir. À raison des circonstances de temps et de lieu, il convient d’être indulgent. Cependant, il est des actes tellement blâmables que l’histoire ne peut prétendre les ignorer ; et si la France mérite des reproches, ces reproches s’appliquent plus particulièrement, croyons-nous, à sa