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porary, il pouvait, en le variant un peu et en l’accommodant aux besoins de sa nouvelle cause, l’appliquer à Pichon, et sur une échelle d’autant plus grande que l’accusation qu’il s’agissait de faire peser était plus importante. Le premier pas qu’il avait à faire, et qu’il fît, fut 1o de rendre son Pichon respectable en le désignant sous le titre de : « un officier français » : 2o de présenter l’opinion de cet officier comme étant celle de tous les autres. Arrivé là, l’historien américain se trouvait en face d’une difficulté plus sérieuse. Qu’allait-il faire de Maillard, Prévost, la Valière, Cornwallis ? Fallait-il reproduire la partie essentielle de leur version ou affecter de les ignorer ? Ni l’un ni l’autre. Une autre alternative s’offrait ; elle consistait en cette savante combinaison : placer leurs noms au bas de la page, en accordant à chacun un bout de phrase sans importance, et en laissant cependant sous l’impression que la question n’avait pas été touchée autrement par eux, mais que le peu qu’ils en avaient dit allait à confirmer son « officier français ».

Ainsi, avec rien, ou quelque chose de pire que rien, Parkman, contre l’essence des témoignages opposés à sa thèse, a dressé une preuve accablante pour Le Loutre. Il a manipulé et torturé les documents de manière à le faire condamner par tous les officiers français, par Prévost, Maillard, la Valière, les Mémoires sur le Canada, et aussi par Cornwallis.

Avec des procédés pareils, l’on va loin. En moins de vingt-quatre heures, si l’on le laissait faire, Parkman serait capable de convaincre de crime et de faire électrocuter le Président des Etats-Unis. Ne serions-nous pas justifiable de retourner contre lui la phrase de Pichon et de dire : What is not a wicked story’s teller capable of doing ?

Pichon, en réalité, a déjà été cité vingt ou trente fois sous