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repose sur une autorité qui a si peu de poids — Pichon, traitre-espion — qu’aucun historien, Parkman excepté, n’a voulu puiser à cette source. Nous en reparlerons plus loin [1].



  1. Ce chapitre quinzième est l’un de ceux qu’il est le plus regrettable que Richard n’ait pas pris le temps de refaire presque d’un bout à l’autre. Car il est imparfait à bien des égards. L’auteur d’Acadie n’est évidemment pas à son aise : ce personnage de Le Loutre le gêne, l’embarrasse, et il ne sait trop sous quel angle l’envisager. Et ce qu’il nous eu dit renferme de telles contradictions que l’on ne sait plus à quoi s’en tenir à son sujet. En somme, pour lui, Le Loutre a commis des méfaits, entr’autres l’incendie de Beaubassin. Mais, quelles qu’aient été ses actions, fruit de son exaltation patriotique et de son déséquilibre mental, elles ne procédaient pas de cet « égoïsme effréné » dont Parkman l’a taxé. Voilà à peu près à quoi se réduit, jusqu’à présent, la défense que Richard oppose aux calomnies et aux accusations portées contre ce vénérable missionnaire. Pour un plaidoyer, c’est assez faible. Je ne dis pas que l’avocat n’y déploie une certaine habileté, ni qu’il ne développe des considérations élevées sur le rôle du missionnaire catholique, en général, et en particulier sur le dévoûment apostolique de Le Loutre. Mais il semble qu’à ses yeux sa cause soit mauvaise, et c’est pourquoi il fait appel, pour tâcher de s’en tirer, à des considérations qui ne regardent que de fort loin la question. Combien il eut été plus simple de compulser les Archives, et de montrer, à coups de documents, l’inanité des jugements professés par les ennemis de Le Loutre ! Il le fera dans le chapitre seizième, lequel, à notre point de vue, est l’un des meilleurs de son ouvrage. Si l’auteur eut procédé de la même manière dans celui-ci, et qu’il eut discuté les sources auxquelles il se réfère et montré qu’elles ne méritaient pas plus de créance que celles qu’il va confondre dans le suivant, il eût bâti une thèse bien autrement consistante et eût rendu plus entière justice à Le Loutre. Au fond, il s’agit d’ailleurs des mêmes sources : les dires du triste Pichon-Tyrrell. Ce pauvre sire a fondé la légende qui calomnie ce missionnaire. Or, son autorité n’est pas seulement douteuse, elle est nulle. Richard va réfuter victorieusement ses assertions concernant la part que Le Loutre aurait eue au meurtre de Howe. Mais si Pichon en a menti sur ce point, est-il plus digne de foi sur les autres ! Quelle valeur accorder à tous ses témoignages ? Richard aurait dû, dès ce chapitre-ci, autrement que par le mot de la fin, nous mettre en garde contre un pareil faussaire ; il aurait dû se garder tout le premier de se laisser influencer par ce calomniateur, et ses satellites, les bons anglais.