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Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 17.djvu/179

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BONATELLI. SENSATIONS ET PERCEPTIONS 175


toujours et en tout chronologique. Qu’elles soient simultanées, qu’elles s’entremêlent tant que l’on voudra, la priorité que j’ai en vue est surtout logique, puisque je mets en premier lieu celle qui contient la condition d’une autre et ainsi de suite. Du reste, aussitôt que l’homme est en état d’affirmer, de reconnaître une existence, l’objectivation est commencée. Son développement et son perfectionnement consisteront de préférence en ce que ces existences seront mieux déterminées, mieux distinguées entre elles, en ce que l’on assignera les limites entre le moi avec ses modifications et. ses activités d’une part et les autres choses d’autre part.

Quant à la distinction entre le moi et mon corps, sans doute elle apparaît plus tard et suppose un degré de conscience bien supérieur. Cependant dans tous ces procédés l’objectivation est soutenue et dirigée par les processus mécaniques de la localisation et de la projection que nous avons décrits. Voilà les raisons qui m’ont persuadé à ranger les trois faits en question dans un ordre qui est l’inverse de celui où les dispose M. Souriau.

Maintenant, si nous revenons un peu sur l’analyse des faits psychiques qui servent de fondement à la localisation età la projection, nous devrons observer que toutes les sensations sont objectives (prenant ce mot dans la signification très turgeou le prend M. Souriau) en ce qu’elles présentent au sujet, en ce qui apparaît, en leur contenu en somme ; subjectives en ce que ce contenu apparaît au sujet. G est la même distinction que les psychologues allemands et surtout les herbartiens indiquent en opposant la Vor~eM’t~ ou t’L~iCt~ der Vorstë~Mngf au Vo~sie~eM, c’est-à-dtre la représentation à faction de représenter. Mais ce côté subjectif de la sensation reste en générât caché, inaperçu, c’est-à-dire qu’)t ne se montre pas explicitement dans la conscience, à moins que quelque circonstance spéciale ne provoque la réflexion, par exempte sous forme de réponse à la question qui est-ce qui entend ce son ? qui est-ce qui voit cette couleur ?

Conformément à ce que nous avons dit, la simple prëse~t~o~, l’existence actuelle en nous du contenu sensible, ne devant pas être confondue avec la pensée, avec la conscience dans sa signification propre, il est. évident que cette aftirrnation J’entends ce son, je vois cette couleur, est un fait de l’ordre intellectuel, et partant nous ne sommes pas autorisés à le supposer dans la brute. Mats la sensation contient en elle-même l’élément subjectif ; et la conscience intellectuelle ne pourrait pas s’e-ftirmer, s’il n’y était pas contenu. Pourquoi donc avons-nous dit qu’ordinairement il n’apparaît pas, ne se présente pas comme tel au sujet sentant ? C’est précisé-