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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/95

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FRANÇAIS ET ROMAINS EN AFRIQUE

Force fut d’aller de l’avant, de soumettre d’année en année des territoires supplémentaires, d’occuper des points nouveaux. Mais, dans cette progression fatale, les anciens eurent constamment sur les modernes l’avantage d’avoir derrière eux un établissement solide et sûr dont la prospérité put se développer régulièrement pendant qu’on guerroyait aux avant-postes.

En second lieu, ils ne rencontrèrent point devant eux le fanatisme musulman. Et ce fut là — c’est encore et ce sera toujours — pour nous la cause d’une terrible infériorité par rapport à eux. On peut juger, grâce à Salluste notamment, combien les populations berbères ont maintenu leurs coutumes. Ce qu’il en raconte équivaut tout à fait à ce qui s’est passé de nos jours et la manière dont Jugurtha faisait la guerre aux Romains rappelle à s’y méprendre les procédés d’Abdel-Kader. Autour d’un petit nombre de réguliers, péniblement assemblés et formés, apparaissent et disparaissent les « goums » capricieux, emportés par un élan aussi énergique que passager, incapables de se plier aux nécessités de la tactique et aux rigueurs de la discipline. Tels sont les Arabes d’aujourd’hui ; loin d’avoir modifié les Berbères en leur imposant de nouvelles conditions d’existence, ce sont bien ces derniers qui ont fait adopter leurs mœurs par leurs vainqueurs. Par contre les dieux berbères ne ressemblaient guère à celui de Mahomet et ainsi faisait défaut le seul principe d’union qui existe sur la terre d’Afrique où les tribus éparpillées, plus ou moins nomades et toujours promptes aux querelles intestines, ne sont susceptibles d’un effort commun que lorsque la haine religieuse, caractéristique de l’Islam, leur est prêchée. La déesse Tanit et le dieu Baal Ammon, pour sanguinaires qu’ils fussent, n’exigeaient pas l’extermination des étrangers et leurs sectateurs ne demandaient pas mieux que de les associer de bon cœur avec Junon et Saturne : ce qui permit aux Romains de les introduire dans l’hospitalier panthéon conçu par eux. Nulle question religieuse ne vint de la sorte compliquer la conquête et rendre précaire l’occupation ; il n’y eut pas surtout ce fossé haineux dont, quoiqu’on dise et quoiqu’on fasse, la mentalité arabe demeure encerclée, même aux heures de paix, à l’égard de la France et des Européens en général. C’est en vain que de naïfs théoriciens s’imaginent désarmer les Musulmans en construisant des mosquées et en honorant Mahomet ; rien ne saurait apprendre la tolérance à des hommes dont la doctrine repose d’aplomb sur une base d’into-