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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/621

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UNE GUERRE DE CENT ANS

Le siècle touchait à son milieu et le sort du Nouveau-Monde allait se fixer. Le Canada était relié à la Louisiane par une ligne redoutable de soixante forts et les Français en construisaient de nouveaux jusque sur le territoire pensylvanien. Malheureusement la population de la nouvelle France n’augmentait guère. La Jonquière, voyant le danger, avait adressé à Versailles un pressant appel. Il suppliait qu’on lui envoyât dix mille émigrants pour coloniser la vallée de l’Ohio. Il insistait sur la nécessité d’agir au plus vite… Mais Louis xv n’avait pas d’argent à dépenser pour ces sortes de choses et savait-il seulement ce que c’était que la vallée de l’Ohio ! Le seul espoir résidait maintenant dans la défection possible des Iroquois. Elle eût été assurée sans l’influence de William Johnson dont les Mohicans avaient fait un sachem et auquel les colonies avaient donné plein pouvoir parce qu’elles le savaient aussi Anglais de cœur que s’il n’eût jamais appris la langue iroquoise ni manié le lourd tomahawk. Johnson parvint à neutraliser l’action des émissaires français et obtint que les chefs iroquois assisteraient au congrès d’Albany.

Ce congrès était dû à l’initiative du Board of trade que le roi d’Angleterre avait institué dès 1696 et dont les attributions réelles s’étendaient bien au-delà de ce que son nom semblait indiquer. À peine constitué, le Board of trade s’était occupé non seulement de questions commerciales mais de questions politiques touchant l’Amérique. Locke lui avait proposé d’y établir la dictature militaire et William Penn, dans les dernières années de sa vie, lui avait soumis son plan pour l’union des différentes colonies sous la présidence d’un commissaire du roi. Peut-être le plan de William Penn éveillait-il à distance un écho sympathique dans l’esprit des membres du Board lorsqu’ils se décidèrent à ordonner la réunion d’un congrès. Au mois de juin 1754, à Albany, petite ville d’allure hollandaise sur les rives de l’Hudson, les congressistes se mirent en séance et tout aussitôt plusieurs plans d’union furent présentés. Celui qui fut jugé le plus pratique et le mieux combiné était l’œuvre de Benjamin Franklin qui en développa les avantages avec art et chaleur. Il instituait un président général représentant du roi, nommé par lui et un grand conseil composé de quarante députés choisis par les assemblées des diverses colonies. L’approbation royale était nécessaire pour les lois ; la nomination des fonctionnaires appartenait au président général. Le sort de ce projet fut assez extraordinaire. Les colonies jugè-