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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/498

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

gneuses et malsaines satisfactions. L’optimisme systématique est une sottise, mais le pessimisme est un vice. Il ne faut pas le confondre avec la méfiance, avec l’esprit critique. On doit traiter les questions du temps présent comme les animaux traitent les objets inconnus ; ils s’en approchent lentement, tournent autour, les flairent, les examinent attentivement et ne se pressent pas d’y toucher. Ce n’est pas là du pessimisme mais de la prudence inspirée par l’expérience. Le pessimiste, lui, proclame sans cesse la ruine, la déchéance, la fin de tout. La moindre nouveauté excite sa verve négative ; le moindre changement sert de thème à ses prophéties macabres. Ici nous détestons l’esprit pessimiste qui a fait depuis trente ans tant de mal à la France et nous nous associons à l’anathème dont l’a frappé à Breslau l’éloquence primesautière de Guillaume ii.

Les idées de M. Bryan.

De retour de la conférence interparlementaire qui s’est tenue à Londres, M. Bryan a fait connaître à ses futurs électeurs les bases du programme dont il sera le défenseur au cours de la prochaine campagne présidentielle. Car M. Bryan sera de nouveau candidat. C’est sa raison d’être en ce monde. M. Bryan désire gouverner les États-Unis et, à défaut d’une grande intelligence, il met de formidables poumons au service de cette ambition persévérante. Le nombre de discours qu’il est susceptible de prononcer en une semaine dépasse tous les records établis ; comme les Américains ont une grande considération pour quiconque abat un record, ils finiront peut-être par donner une majorité à M. Bryan et ce sera grand dommage au point de vue des affaires publiques. Il appert en effet de la dernière et retentissante manifestation oratoire à laquelle M. Bryan s’est livré à New-York qu’il ne possède à aucun degré le secret des nécessités extérieures ou intérieures de l’heure présente. Son programme peut se résumer en deux points principaux : indépendance des Philippines et expropriation des ploutocrates. Proclamer l’indépendance des Philippines alors que les indigènes sont manifestement hors d’état de profiter de la liberté qu’on leur octroierait, ce serait manquer à la mission que les États-Unis se sont donnée à eux-mêmes en occupant l’archipel. Cette tâche, ils n’avaient qu’à ne point l’assumer ; l’ayant fait, ils ne peuvent l’abandonner sans forfaire au devoir. D’autre part,