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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/478

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

même année dans Caracas et s’y livrèrent à des saturnales et à des orgies quotidiennes. Ainsi fut inaugurée le nouveau régime qui se signala par le pillage et l’anarchie au dedans et par un état de guerre permanent sur les frontières de Colombie.

De 1893 à 1901 les relations entre la France et le Vénézuela furent une première fois rompues. Les membres du corps diplomatique de Cacacas effrayés de l’état dans lequel se trouvait le pays et assaillis de réclamations de la part de leur nationaux lésés avaient adressé à leurs gouvernements respectifs un mémorandum recommandant une intervention collective. Ce qu’apprenant, le président du Vénézuela qui avait besoin d’une diversion s’était permis d’envoyer ses passeports au doyen, le ministre de France. Sept ans plus tard, une loi française sur le régime douanier des denrés coloniales causa tant de dommages au commerce vénézuélien qu’il fallut là-bas mettre les pouces d’autant que l’attitude de l’Angleterre et de l’Allemagne devenait de plus en plus comminatoire. La France ayant signé avec Castro le protocole de 1902 refusa de s’associer cette même année à l’intervention armée de ces deux puissances auxquelles se joignit bientôt l’Italie. Ce fut une faute énorme. La force dont l’action fut confirmée par un jugement inique du tribunal de La Haye l’emporta sur le droit. Les créances des puissances coalisées qui ne venaient qu’après les nôtres furent inscrites au premier rang et, à peine l’incident réglé, Castro se retourna contre la France pour compenser à ses dépens l’affront que d’autres lui avaient fait. La compagnie française des câbles au capital de 24 millions a le monopole des communications sous marines entre le Vénézuela et les États Unis. Son contrat date de 1895. Déjà en 1900 faute d’un appui suffisant elle avait dû consentir à une transaction désavantageuse comme l’avait fait en 1896 la compagnie française des chemins de fer vénézuéliens laissée sans protection et dépouillée au mépris de toute justice. Cette fois, sous prétexte de dépêches favorables à Matos fomentateur d’une insurrection dirigée en 1902 contre Castro, celui-ci expropria la compagnie, chassa ses employés et s’empara de son matériel. Puis non content de ce bel exploit, il mit littéralement M. Taigny à la porte du Vénézuela.