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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/449

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

sorte de protectorat militaire et douanier qu’ils exerceraient au moyen de leurs navires de guerre et de leurs navires marchands tout autour de l’Amérique du Sud, sans parler d’un chemin de fer qui s’en irait du Yukon au Cap Horn par le Mexique, les républiques centrales, la Colombie, le Brésil, la Bolivie et l’Argentine. Notons que ce plan est déjà ancien. On le rattache à la fameuse « doctrine de Monroë » pour lui donner du prestige ; il n’en découle pas ; il est issu du cerveau d’un grand homme qui s’appelait James Blaine, qui aurait pu être président des États-Unis et préféra le rôle de premier ministre.

C’est aux efforts de cet homme qu’on dut en 1889 la réunion à Washington d’un premier congrès panaméricain. En ce temps là le monde transatlantique vivait assez replié sur lui-même ; encore occupé à s’organiser, isolé de l’Europe, ignorant l’Asie, il se montrait peu soucieux d’aventures au dehors. La mort prématurée de Blaine et diverses circonstances dans le détail desquelles nous ne saurions entrer ici retardèrent l’exécution de son plan qui certainement, à cette époque, eut été au moins en partie réalisable pour le plus grand dommage, d’ailleurs, de la civilisation universelle. Au congrès de Mexico, en 1902, on en parla mollement. Que de choses s’étaient passées dans l’intervalle ou plutôt quelle chose unique mais formidable : la guerre avec l’Espagne ! Plus tard les historiens se reportèrent vers cette date comme vers le point de départ d’une ère nouvelle ; elle marquera pour ainsi dire la « majorité » du nouveau monde comme la guerre russo-japonaise marquera la rénovation inaugurale de la race jaune. Résultat très singulier ; l’Espagne vaincue ou, pour parler plus exactement, l’hispanisme reçut de ce terrible événement la commotion la plus salutaire. Un souffle vivifiant passa sur le continent sud-américain. On vit apparaître là une force d’avenir ; les rapports longtemps détendus entre la métropole ibérique et ses anciennes colonies se renouèrent sur des bases très amicales. Pendant ce temps les États-Unis eux-mêmes jouissant de leur triomphe se mêlèrent de façon plus intense à la vie internationale des peuples ; ils eurent leur mot à dire dans les affaires européennes ; la possession des Philippines les força d’intervenir en Asie. Ainsi l’espèce de gaine d’indifférence dans laquelle l’Amérique était restée si longtemps enfermée par rapport au reste de l’univers éclata de toutes parts et l’idée de James Blaine cessa d’être viable. Trop d’intérêts divers se sont créés, trop d’habitudes