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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/415

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L’ÎLE DE CRÈTE

de la police, l’a de nouveau brutalement déçue. Vous connaissez tous les détails de cette querelle mais vous connaissez moins peut-être le pays qui en est l’objet et nous voulons ici, très brièvement, vous en instruire.

Point central entre les trois vieux continents, l’Île de Crète, plus voisine de l’Europe, s’y rattache tout-à-fait par sa formation géologique et son aspect géographique. Elle prolonge la Grèce au delà des cent kilomètres de mer qui l’en séparent. C’est une étroite et longue terre, sensiblement égale en grandeur à la Corse, hérissée de montagnes divisées en trois groupes : les Monts Blancs, le Dicté et l’Ida dont les plus hauts sommets atteignent 2500 mètres. Leurs ramifications l’encombrent à ce point qu’on y trouve seulement une plaine digne de ce nom : la Messara. Les cours d’eau y sont rares et sans importance.

La Crète, avec cette apparence rébarbative, semble au premier abord peu favorisée de la nature. Elle apparaît bien différente au voyageur qui la pénètre, et celui-là comprend l’étonnante renommée dont a joui dans l’antiquité cette « Sicile de la Méditerranée orientale ». « Au milieu de la mer profonde, raconte Homère dans l’Odyssée, s’élève une terre riante et fertile, l’île de Crète, habitée par des hommes nombreux, population immense qui vit dans quatre-vingt dix cités et où durant neuf ans régna Minos, ami du grand Jupiter ». On l’appelait la Crète aux cent villes, hecatompolis. Fut-elle jamais le berceau de Plutus, dieu de la richesse, comme l’enseigne la mythologie ? Elle fut en tous cas le berceau de la religion, des institutions et des arts de l’Hellade, ce qui doit suffire à sa gloire.

Ses produits très variés, ses ports excellents, son climat délicieux — vanté par Hippocrate — y fixèrent de tout temps une population très nombreuse. Les témoins historiques ne manquent pas sur son sol pour affirmer son importance et sa prospérité passées. Ruines de palais, de temples, de grands travaux publics font revivre à nos yeux l’époque fameuse où la Crète de Minos exerçait sur la Méditerranée orientale une suprématie maritime incontestée. Ce temps fut sans lendemain : le caractère accidenté du pays facilitant le penchant des Grecs pour l’autonomie municipale, la Crète aux cent villes devint bientôt la Crète aux cent États rivaux qui se ruinèrent à s’entre-combattre. L’île dévastée, les