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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/368

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

quent-ils, c’est diminuer autant que possible le contact avec l’étranger, éviter les « frottements », to prevent every kind of « friction ». Les gouvernements australiens n’ont pas d’autre motif sérieux pour s’opposer à la prise de possession des Nouvelles Hébrides par la France.

Quant à la masse, elle n’y songe guère, préoccupée surtout d’expériences sociales. La perte des Nouvelles Hébrides ne provoquerait donc pas dans le monde australien l’espèce de révolution à laquelle beaucoup semblent croire, et l’opinion derrière laquelle l’Angleterre se retranche pour repousser nos prétentions n’est pas une « opinion publique ».

Pourvu qu’on ait ménagé leur amour-propre en accordant à leur profit quelques concessions amicales, les Australiens ne récrimineront pas outre mesure en voyant la question réglée une fois pour toutes selon nos préférences. La presse des antipodes s’indignera — pour la forme — ; le gouvernement fédéral, par principe, ne manquera pas de protester bien haut. Il n’en sera plus question quand on aura « sauvé la face ».

L’instant semble, d’ailleurs, propice. La résistance des Australiens serait aujourd’hui d’autant moins grande qu’ils sont davantage absorbés par leur politique intérieure et par les débuts difficiles de la Fédération. Leur vanité seule est en jeu. Leur intérêt bien entendu leur commande, au contraire, de céder aux justes raisons d’une puissance dont l’amitié leur est précieuse.

La présence de la France nous paraît, en effet, constituer la meilleure garantie d’équilibre dans les mers du Pacifique sud. Sans profiter à l’Australie, toute atteinte à notre prestige favoriserait les visées ambitieuses de rivales bien autrement dangereuses : l’Allemagne et les États-Unis. Leur politique est faite de convoitises ; la nôtre repose entière sur le maintien du statu quo.

Nous ne demandons pas mieux que de manifester à la jeune nation australienne nos sentiments très sympathiques, mais nous ne pouvons abandonner à son profit des droits acquis qui nous sont très précieux. Au moment où le percement de l’isthme de Panama va grandir l’importance et la valeur de tous les territoires de cette cinquième partie du monde, ce serait folie de nous en laisser exclure. « Déjà, comme le remarquait jadis éloquemment M. Jean Carol dans un article de la Revue de Paris quand nous envisageons la place que nous pouvions prendre en Océanie et celle que nous y occupons, la mémoire de l’héroïsme dépensé