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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/354

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

Repaire de chercheurs d’or, Counani qui désormais appartient en droit au Brésil, continue de n’appartenir en fait, à personne ; M. Jules Gros a disparu, mais plusieurs personnes lui ont succédé dans ses prétentions ; il n’y a toujours pas de République à Counani ; Counani possède néanmoins des présidents qui résident dans plusieurs villes d’Europe où ils signent d’inoffensifs décrets, et distribuent d’étincelantes décorations. Comique, n’est-ce pas ? Quant à M. Jacques Lebaudy, on craint qu’il ait renoncé à son génial projet de croiser le cheval et le chameau aux fins d’obtenir un produit plus parfaitement approprié aux besoins de son empire, mais il est toujours vigilant en ce qui concerne ses prérogatives impériales, ainsi qu’en témoigne la protestation récente adressée à la conférence d’Algésiras illégalement constituée en dehors de son concours…

Ceux qui réussirent

Ils furent deux. L’un s’appela Yakoob Beg ; son royaume s’étendit entre le Thibet, la Chine, le Turkestan russe et le Pamée. C’est la région de Hachgar. D’autres avant lui avaient cherché à en soulever les habitants contre leurs dominateurs chinois, mais nul n’était parvenu à y constituer un gouvernement. En fait, Yakoob Beg régna que onze ans, de 1866 à 1877. Son fanatisme mahométan qui transforma son entreprise en une sorte de croisade anti-boudhique, devait lui aliéner la Chine sans lui gagner la Russie ; puis entre ces deux puissances, obligé de guerroyer perpétuellement pour occuper l’armée qui avait été l’instrument de son élévation, Yakoob Beg était condamné à voir son œuvre s’effondrer. Il n’en fut pas moins, lui simple fils d’un modeste fonctionnaire, un souverain absolu, entouré d’une cour brillante. En 1873, un de ses neveux fut reçu à Pétersbourg par le Tsar, lequel avait l’année précédente, signé un traité avec Yakoob. On peut donc bien le compter parmi ceux qui réussirent.

Plus durable fut toutefois le succès de James Brooke Rajah de Sarawak puisque, lors de son décès survenu en 1868, il laissa la couronne à son neveu, lequel règne encore aujourd’hui. James Brooke était né en Angleterre en 1803 ; il s’était distingué dès 1824 dans une campagne contre la Birmanie ; ayant voyagé par la suite en Extrême-Orient, Bornéo l’avait séduit, et le projet de s’y tailler un joli fief paraît avoir germé dès lors dans son esprit. À