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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/317

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L’ÉTHIOPIE D’AUJOURD’HUI

saison humide. La saison humide dure cinq mois : il y pleut presque sans discontinuer.

Le climat du plateau éthiopien est agréable et sain. Sauf quelques précautions à prendre au moment des pluies pour éviter la malaria et la dysenterie, l’Européen s’y porte bien. Tous ceux d’entre nous qui ont visité le pays de Ménélik vous diront l’agrément de leur séjour — à ce point de vue — et le repos physique éprouvé après les fatigues de la route périlleuse et pénible qui le relie à la côte. Une fois prise d’assaut, la citadelle de rochers apparaît comme le paradis des explorateurs.


les origines. — de salomon à ménélik ii

Sans prétendre à l’éternité comme l’Empereur du Japon, le Négus Ménélik affirme l’origine très lointaine et très noble de sa famille, issue de l’union fameuse du roi Salomon et de la reine de Saba, au xe siècle avant notre ère. De cette union naquit un fils : élevé à Jérusalem, à la cour de son père, il retourna de bonne heure au pays de sa mère, entraînant à sa suite un certain nombre de docteurs israëlites. Il y devint Ménélik ier. La petite colonie juive qui l’entourait, s’accrut très rapidement et s’étendit bientôt à la nation entière.

L’Éthiopie demeura juive jusqu’au ive siècle. Saint-Frumence la convertit alors au catholicisme romain qu’elle abandonna peu après pour la doctrine hérétique d’Eutychès. Elle est depuis restée chrétienne, non sans mérite, sous la menace constamment répétée des assauts de l’Islam fanatique.

L’Éthiopie dut son intégrité à sa situation géographique de citadelle imprenable. Mais, ce qui la fortifiait, vis-à-vis de l’étranger l’affaiblissait vis-à-vis d’elle-même. Son relief accidenté et profondément découpé, l’isolant de l’extérieur la divisa intérieurement en une série de clans, alliés contre l’ennemi du dehors, ennemis entre eux. Pendant quinze siècles, les Éthiopiens employèrent ainsi à la guerre civile tout le répit que leur laissa la guerre étrangère. Nous ne vous retracerons pas ces luttes, nous contentant de vous faire noter qu’il n’est rien d’étonnant qu’à une pareille école la nation soit devenue guerrière jusqu’à la moelle.

Entre toutes ces rivalités, la dynastie salomonienne fut mise à l’écart, vers la fin du xviiie siècle. Les souverains régnants n’eurent