Ouvrir le menu principal

Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/307

Cette page a été validée par deux contributeurs.
213
ARTS, LETTRES ET SPORTS

dage qui suffirait à supporter un vélum. On a oublié le vélum.

L’Exposition de 1889 qui, avec son architecture de fer bleu et de terre cuite, avec les cortèges de sa distribution des récompenses, avec tout l’ensemble de sa décoration printanière sembla une aurore rénovatrice demeurée hélas ! sans lendemain — l’Exposition de 1889 en fit un usage ingénieux et charmant ; et les fabricants sans doute seraient tout disposés à livrer à leur clientèle, si la demande en était formulée, des étoiles souples à teintes claires avec bordures imprimées. Les jolies tribunes que cela ferait pour une fête sportive. On y ajouterait quelques trophées formés avec des raquettes, des maillets, des épées, des avirons entremêlés de verdure ; l’aspect total se trouverait au diapason de la circonstance ; ce serait attrayant et nouveau. Essayez donc un peu.

Le cortège est une chose vieux jeu ; c’est entendu. On n’en voit plus qu’au théâtre ou à l’Hippodrome. Quelques petites villes ont conservé de traditionnelles processions populaires qui leur attirent périodiquement des touristes à exploiter ; ailleurs il advient qu’un comité de bienfaisance restitue une cavalcade historique… mais en dehors de ces occasions exceptionnelles, le cortège est considéré comme un ancêtre décédé depuis longtemps et qu’il serait ridicule et malséant d’exhumer. Or, à y regarder de près, les hommes et les femmes d’aujourd’hui passent leur temps à marcher en cortèges ; qu’il s’agisse d’une inauguration ou d’un mariage, le cortège se forme pour ainsi dire inconsciemment mais il est gauche, manquant à la fois d’allures et de silhouettes. Pas de rythme et pas de costume ; c’est plat et confus. La vérité est qu’à part la marche militaire, on n’apprend plus aux générations actuelles à se mouvoir gracieusement. Mais s’il est un être auquel ceci puisse être enseigné et qui soit à même d’y témoigner de quelques aptitudes, c’est bien l’athlète, le sportsman. Il y apporterait encore quelque chose de plus, une tenue pittoresque, élégante… Les joueurs de tennis tenant leurs raquettes, les rameurs appuyés sur leurs avirons, les escrimeurs l’épée en main, les cyclistes conduisant leurs machines pourraient imiter les gymnastes qui, seuls jusqu’ici, ont osé se montrer en costume d’exercice dans un défilé… Oui vraiment, plus on y songe et plus il apparaît que les sociétés sportives, si nombreuses de nos jours et si