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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/252

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

santes entre les Alléghanys et la mer, déciderait un jour de leur sort. Un cercle d’enveloppement menaçait de se refermer peu à peu qu’il fallait briser sans délai. Il y appliqua toutes ses forces vives. Dès le début de la guerre de la succession d’Autriche, il organise en Pensylvanie et exerce un corps de dix mille hommes ; il signe avec les Six nations un traité qui assure à la colonie la sécurité de ses frontières du côté de l’intérieur. Mais la paix de 1748 rétablit le statu quo ante bellum. Tout est à refaire. Prévoyant que le combat à venir sera définitif et instruit par l’expérience passée, il conçoit le plan de réunir étroitement ensemble dans un même faisceau les Treize colonies. Il veut faire masse de leurs forces et de leurs ressources contre l’ennemi commun. Mais le congrès assemblé sur son initiative à Albany n’aboutit pas. Sept colonies seulement y sont représentées. Les éléments du bloc rêvé ne fusionnent pas. C’était pourtant une grande pensée et telle que sa réalisation en 1754 pouvait changer le cours de l’histoire. Franklin estima toujours que l’union complète effectuée alors pour la défense commune eut évité la rupture qui se produisit vingt ans plus tard. Il ne semble pas qu’il ait fait erreur. Souvenez-vous en effet que dans un sentiment étroit de particularisme, les colonies, égoïstes et avares, marchandèrent leur concours et mesurèrent leurs subsides. De cette attitude naquit au Parlement anglais et progressivement s’y développa l’idée de les taxer. Vous saisissez ici sur le vif et en partie les prodromes de la révolution et de l’indépendance.

Mais à l’heure où nous sommes, le Français est l’ennemi. Contre lui, corps et âme, Franklin se dévoue à la défense des colonies menacées. Au début de la guerre de sept ans, il fournit à Braddock les moyens de transport qui permettent d’entreprendre la marche vers la Monongahéla. La défaite du général anglais découvre la Pensylvanie et l’expose aux coups des Indiens. En plein hiver, Franklin — il est alors âgé de cinquante ans — s’avance vers le Nord-Ouest au milieu de contrées dépourvues de routes, construit trois forts, maintient les Indiens en respect et, sa besogne faite, revient à Philadelphie.

L’Angleterre victorieuse peut choisir à la paix entre la Guadeloupe et le Canada. C’est l’alternative offerte par la France. La classe commerçante réclame la Guadeloupe ; elle a pour champions William et Edmond Burke. Franklin embrasse hardiment le parti contraire ; il rappelle, et le fait est exact, que le Canada dans